La librairie est morte, vive la... ?

La quoi ?
Le monde de la librairie vit une mutation sans précédent, le commerce électronique et la dématérialisation du livre .
Comment les libraires doivent-ils s'adapter à cette nouvelle donne ?
Si la librairie d'aujourd'hui est morte, alors quelle sera-t-elle demain ?

mardi 2 mai 2017

Just like a bookstore...


 cabinet Studio Padron

J'ai découvert cet article certainement par un partage sur les médias sociaux et je me permets d'en reprendre quelques passages pour commentaires.

Article : "Amazon takes a page from bricks-and-mortar bookstores. Here's what it's like inside" par Christopher Borrelli, Contact Reporter Chicago Tribune.

"I said that I shop on Amazon (too regularly) when I know what I want, and I shop at physical bookstores when I feel open to discovery, when I am curious about what I didn't know that I wanted. Later, I had a similar conversation with another employee who sounded uncertain of this idea that people visit bookstores to stumble across unexpected treasures."
Intéressante cette remarque de Mr Borrelli. Notamment son comportement d'achat...

Quand, je sais ce que je veux, nous dit-il, j'achète sur Amazon. En revanche, si je désire fureter, me laisser surprendre, j'achète chez le libraire.
Doit-on donc comprendre qu'il est dans l'incapacité d'acheter en librairie le livre qu'il cherche ?
D'un autre côté, doit-on également comprendre que l'on ne peut pas découvrir de lecture sur Amazon ?
Doit-on être étonné qu'un employé soit surpris que l'on ait besoin d'aller en librairie pour faire des découvertes de livres ou d'auteurs ? Le journaliste le semble.
J'avoue être toujours moi-même circonspect quant à ce besoin manichéen de mettre face à face deux adversaires, deux modèles, deux philosophies, deux stratégies... etc.
Comme si c'était si simple.
Pour ma part, j'ajouterais d'autres chemins de balade : les sites internet, les blogs, les vidéos, émissions, les journaux et autres magazines (papier)... Bref, mes découvertes prennent tous les chemins que m'offrent les outils (?) (interfaces ?) d'aujourd'hui... Et il y a bien plus que ces deux chemins cités par le journaliste. Et c'est souvent, ayant lu un magazine (papier), et donc sachant ce que je veux, qu'en achetant, je me laisse tenter par un autre livre, par une couverture, un avis...

Cette exemple me rappelle une anecdote vécue en librairie, il n'y a pas si longtemps...
A l'époque, je ne comprenais pas pourquoi les libraires n'étaient pas plus enclin à réceptionner et présenter les nouveautés.
Après un temps d'observation, de questionnement personnel, je n'ai pu me résoudre qu'à poser la question.
La réponse qui me fut faite est la suivante : ici, nous sommes dans une librairie de fonds, les nouveautés (comprendre les bests de l'actualité ?), les clients n'ont qu'à aller les chercher à la Fnac ou en grande surface !!.
On se retrouve donc également dans cette dichotomie de l'un ou l'autre.
Je me suis alors risqué à dire : "Mais si nous avions les nouveautés en même temps, le client qui vient acheter sa nouveauté (le livre qu'il veut), pourrait en profiter pour acheter un livre de fonds (une découverte) ? Et si le client qui vient chercher un livre de fonds (qu'il veut), peut-être sera-t-il tenté par acheter une nouveauté (une découverte) ?
J'ai mis un certain temps à convaincre les libraires, mais j'y suis arrivé.
Je pense qu'aujourd'hui, ce genre de cas de figure n'existe plus. Enfin, j'espère.
La montée en puissance de la concurrence en ligne ou hors-ligne, l'augmentation des coûts de structure ont su aiguiser la discipline commerciale des libraires, tout au moins en magasin.

Cette dichotomie, ce manichéisme même, nous les retrouvons ici entre le hors-ligne (le libraire) et le en-ligne (Amazon). D'un côté l'expérience (le magasin, le libraire) - que n'entendons-nous pas aujourd'hui dans les milieux autorisés du marketing sur l'expérience client - et la commodité (l'e-commerce, Amazon).
Certes, on peut critiquer les premiers pas d'Amazon dans le retail mais je prends rendez-vous avec le journaliste dans quelques temps pour voir comment auront évolué les Amazon books et par par-là même les libraires.

Ce qui nous amène à ce deuxième passage :

cabinet Studio Padron
Amazon Books is not what you would call a book lover's paradise.
J'ose la question : qu'est ce que le paradis des amoureux du livre ?

Est-ce le magasin où l'on trouve ce que l'on cherche ?
Ou le magasin où l'on trouve ce que l'on ne cherche pas ?
Est-ce un magasin avec un fonds le plus large possible ?
Ou est-ce un magasin avec une sélection fine et pointue ?
J'aurais pu remplacer magasin par site web.

Nous y voilà :

Perhaps because, unlike traditional bookstores, the stock has less to do with taste and its employees' reading experiences and more to do with algorithms and analytics.
Deuxième manichéisme : d'un côté l'humain (le libraire). Et de l'autre ?
Et bien justement on ne sait pas : a curation team !
Bref, en interprétant (un peu) le journaliste : des robots, de l'IA (Intelligence artificielle), bref, tout sauf un humain ! Même avec le nom Alexa...
Une question me taraude : comment un humain pourrait-il utiliser l'intelligence artificielle, la technologie pour sublimer son métier ?
Mais c'est bien sûr, awesome !


Efficiency is valued more than, say, the comfort of a good book.
 Là, j'avoue ne pas avoir compris cette phrase... Quel lien l'auteur fait-il entre l'efficacité et le confort d'un (bon) livre ?
Si certains d'entre vous peuvent m'éclairer...


I counted about five books per shelf.
Ici, nous semblons revenir dans le domaine du fonds, de la quantité.
Amazon ne fait que prolonger son site web dans le magasin. Pas de tranche sur le site internet ? Pourquoi y-en-aurait-il dans le commerce en bas de chez soi ?
Pendant de longues années, les libraires ont construit leur fierté (leur métier) sur le fonds et son exhaustivité. Plus un libraire avait du fonds, et plus il se considérait comme un grand libraire. D'où la dichotomie entre librairie (1er niveau), GSS, GSA... etc.
Puis Amazon arriva avec plusieurs centaines de milliers de livres disponibles en à peine quelques jours. L'exhaustivité passait chez l'ennemi N°1.
Comment donc réaffirmer son identité ?
Par la sélection, la curation ?
Par le conseil, sachant que chez les clients, le libraire en terme de conseil arrive en 3e position après les médias et le bouche-à-oreille (curation des lecteurs) ?


Just like a bookstore.
 C'est tout comme, vraiment ?


It doesn't even seem that interested in books or culture. It's a branding experience, a Hollywood-ish front of a bookstore, designed to serve much larger aims. You get a sense of being watched as you shop, of being monitored, then being flattered when your choices are reflected on the next "most-wished-for" trend list.
Jolie expression que "a Hollywood-ish front of a bookstore".
Nous ne saurons pas vraiment quels sont les objectifs visés par Amazon, hormis celle de nous surveiller, traduction, d'ajouter à son arsenal d'espionnage comportemental sur le web, cette fois-ci celle de vous filmer dans le magasin et de pouvoir ainsi ajouter des moyens à "l'équipe de curation" d'améliorer sa robotique.
Est-ce le cas ?
Voir cette vidéo de visite du magasin de Seattle : 0'55 (au-dessus de la tête du monsieur en chemise à carreaux)


1984
 Sur 1984 et Big brother, j'ai relu ce livre il y a quelques mois.
J'avoue avoir été "déçu" (c'est une boutade).
J'avais en mémoire ma lecture d'adolescent avec tapie au plus profond de moi cette sensation effroyable de surveillance, ce stress d'être découvert, cette absence de liberté, cet étouffement...
J'ai retrouvé cette belle écriture d'Orwell mais j'ai presque trouvé insipide le thème abordé : le totalitarisme.
Car, mon pauvre George, il y a bien longtemps que les limites que tu nous aidais à définir, à nous méfier, ont été largement franchies dans le domaine du numérique, et pire que tout, avec notre assentiment, voire notre complicité.

"Le télécran recevait et transmettait simultanément. Il captait tous les sons émis par Winston au-dessus d'un chuchotement très bas. De plus, tant que Winston demeurait dans le champ de vision de la plaque de métal, il pouvait être vu aussi bien qu'entendu. Naturellement, il n'y avait pas moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillés. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir. On pouvait même imaginer qu'elle surveillait tout le monde, constamment. Mais de toute façon, elle pouvait mettre une prise sur votre ligne chaque fois qu'elle le désirait. On devait vivre, on vivait, car l'habitude devient instinct, en admettant que tout son émis était entendu et que, sauf dans l'obscurité, tout mouvement était perçu"
1984, George Orwell, Gallimard.

Le livre et la lecture vous tiennent en joie !

mardi 21 février 2017

Mooc francophone des métiers du li(v)re (vidéos)



Voici une très belle initiative !

Deux étudiantes de Master 2 Conduite de Projets Culturels Livre & Multimédia à l'Université Clermont Auvergne de Clermont-Ferrand (toute nouvelle UCA) étudient la faisabilité d'un MOOC francophone portant sur les métiers du livre.
Elles ont concocté une enquête qui permettra de mieux cerner les attentes des potentiels utilisateurs, afin de proposer le premier Mooc francophone des métiers du livre !

Si c'est le premier Mooc sur les métiers du livre , ce n'est pas le premier dans les domaines du livre et de la francophonie.
  • Ici, vous pouvez découvrir une belle initiative de l'Institut international pour la Francophonie basé à l'Université Lyon3 (on reste dans la région) intitulé : La Francophonie : essence culturelle, nécessité politique 2016

  • Ici, un autre Mooc, sur le littérature jeunesse initié par l'Université de Liège (ULG) en Belgique et intitulé : Il était une fois la littérature de jeunesse


Mais au fait qu’est ce qu’un MOOC ? (Massive Open Online Course, FLOT ou CLOM)
C’est une formation ouverte à tous et en ligne. Les participants, quelque soit leur nombre ou la distance entre eux, peuvent suivre un même cours. Il s’agit donc d’une communauté collaborative qui échange et partage autour d’activités pédagogiques par différents médias et démocratise ainsi le savoir.

Pour en savoir plus sur ce projet, vous pouvez rejoindre le groupe Facebook.

Actuellement, le projet en est à sa phase de réflexion, ainsi, l'objectif du groupe Facebook est que chacun puisse participer et partager autour de ce projet pour le faire évoluer.

L'enquête est anonyme, et ne vous prendra qu'entre 1 et 5 minutes : ici.

Cette initiative me semble particulièrement intéressante car la formation en ligne et à distance permettrait à bon nombre de professionnels du li(v)re d'accéder de manière souple et régulière à des formations certifiantes.
En effet, les petites structures : petites librairies, petits éditeurs... absents pour des raisons bien compréhensibles de distance, de temps, de coût... pourraient accéder à ces formations qualifiantes.
Et que dire des échanges de savoir et de savoir-faire permettant d'inspirer tout un chacun en échangeant les bonnes pratiques ?

Alors amis du li(v)re, peut-être pourriez-vous aider à diffuser ce questionnaire à travers toute la francophonie, "Vers l'infini et au-delà" ?

A vous de jouer !

Le livre et la lecture vous tiennent en joie !